Ennio Morricone est décédé le 6 juillet 2020. Il avait 91 ans. Nous ne pouvons que pleurer le grand musicien italien. En 1940, ce fils de trompettiste est inscrit à l’Académie nationale Sainte-Cécile de Rome où il obtient un premier prix de trompette puis, en 1954, les prix de composition, d’instrumentation et de direction d’orchestre. Il débute dans la musique classique et intègre le groupe d’improvisation et de composition avant-gardiste « Nuova Consonanza ». Il se rêve compositeur classique et affectionne la musique expérimentale mais les revenus de son travail comme compositeur classique sont maigres : il comprend vite qu’il ne pourrait en vivre. En 1953, son premier arrangement professionnel pour une série d’émissions radiophoniques le fait connaître des réalisateurs qui commencent à lui passer de plus en plus de commandes. Dans les années soixante, au moment de l’expansion du petit écran, il se tourne vers la musique de film. Sa collaboration avec le réalisateur Sergio Leone marque un tournant décisif dans sa carrière et le fait connaître dans le monde entier. Ennio Morricone a eu la chance d’écrire sa musique en amont des tournages, c’est-à-dire avant le « premier tour de manivelle ». C’est dans ce contexte qu’il pourra donner libre cours à son immense talent.

Florence Akar,
Le billet du 24 février 2021

CINEMA PARADISO

Notre coup de cœur : LES VIOLONS MAGIQUES…

Ennio Morricone a accompli une carrière exceptionnelle en composant la musique de plus de centaines de films et de programmes télévisés. Il a vendu plus de 70 millions de disques dans le monde. En 1988, un jeune cinéaste Giuseppe Tornatore demande à travailler avec lui. Il lui propose d’écrire la musique de son prochain film Cinema Paradiso et lui donne carte blanche : aucun dialogue ne viendra troubler son travail de composition avant le tournage.

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« Salvatore, un cinéaste en vogue revient dans le village de son enfance. Il y partageait son temps libre entre l’office, où il était enfant de chœur, et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo… ». Dans cette ultime scène, que je vous propose ici, le personnage visionne un petit film très spécial que lui a laissé le projectionniste Alfredo (qui vient de mourir). C’est un montage de toutes les séquences – tous les baisers – coupées à l’époque par la censure du curé du village. Il suffira d’une seule prise à l’acteur Jacques Perrin qui joue le réalisateur à l’âge adulte. Laissez-vous emporter par les violons magiques d’Ennio Morricone.

À la demande de nombreux réalisateurs, Morricone va mêler à sa composition classique des instruments considérés comme plus contemporains, avec un timbre insolite qui se détache de la couleur harmonique globale : la flûte de pan, la trompette, la guimbarde sicilienne (il maranzano), l’ocarina…

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La flûte de pan

Le Bon, la Brute et le Truand (Il buono, il brutto, il cattivo) est un film germano-hispano-italien sorti en 1966. Il est réalisé par Sergio Leone que Morricone connut sur les bancs de la petite école. Il est considéré comme la quintessence du style « western spaghetti ». Il fait partie de la Triologie du dollar. Le scénario est de Luciano Vincenzoni, Sergio Leone, Agenore Incrocci et Furio Scarpelli. Clint Eastwood y incarne Blondin, le bon. Lee Van Cleef est la brute et Eli Wallach le truand.

La trompette

Le film Pour une poignée de dollars est sorti en 1964. C’est le premier volet de la Trilogie du dollar de Sergio Leone, qui comprend également Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in più, 1965) et Le Bon, la Brute et le Truand (voir ci-dessus). C’est un remake du Garde du corps (Yōjimbō, 1961), le chanbara réalisé par Akira Kurosawa.

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La guimbarde

On ne présente plus Le Clan des Siciliens. Le film est réalisé par Henri Verneuil. Il est sorti en 1969. Il est adapté du roman du même nom d’Auguste Le Breton, paru en 1967. Avec Lino Ventura, Jean Gabin, Alain Delon.

Ennio Morricone Gregoire

Philippe Grégoire,
Ennio Morricone ou le poison d’une œuvre

Ouvrage paru aux Éditions Marie B le 06/11/2020, 260 pages
ISBN : 979-1-093-57677-0
Contributeur : Olivier Keravel

Il suffit de siffloter quelques notes du thème d’un film dont la musique a été écrite par Ennio Morricone et nous sommes plusieurs millions sur terre à en connaître la suite. C’est qu’il existe un « son Morricone » aisément reconnaissable. En réalité, on sait peu de choses sur sa vie privée et même sur sa vie professionnelle. Morricone est un homme très secret. Il répond rarement aux sollicitations de la presse et ne se livre pas. Dans une première phase, il travaille avec les cinéastes italiens (Pasolini, Leone, Bellocchio, Bolognini, Montaldo, Tornatore) avant de s’ouvrir au cinéma européen et américain (il écrira pour Verneuil, Almodovar, Joffé, Polanski, Beatty, Lyne, Stone, De Palma, Tarentino…) En cinq ans à peine (de 1965 à 1970), il se bâtit une réputation mondiale. Le rapport que le compositeur entretenait avec son œuvre pour le cinéma semble étrange : il considérait cette partie de son travail comme « un poison » dont il fallait se défaire, y compris en passant par « une phase de désintoxication » ! C’est du moins ce que révèle son biographe Philippe Grégoire (Morricone l’avait rencontré lors d’un concert à Pleyel en 1984) qui, dans son ouvrage, livre des clés de compréhension totalement inédites à propos du maître…

morricone entre emotion et raison camion blanc

Jean-Christophe Manuceau,
Ennio Morricone, Entre émotion et raison,
publié aux Éditions Camion blanc.
Ouvrage paru le 25/11/2020, 938 pages, ISBN : 9782378482275

Plus grande « star » de la musique de film, capable de déplacer les foules à ses concerts dans le monde entier, auteur d’un nombre incroyable de bandes originales de films et d’oeuvres pour la salle de concert, Ennio Morricone a passé toute sa vie à retranscrire sur le papier les musiques qu’il entendait dans sa tête. En passant en revue ses grandes collaborations avec réalisateurs et musiciens, en analysant ses musiques de film, en donnant la parole à ses collaborateurs et à ses admirateurs, « Entre émotion et raison » cherche à peindre le tableau le plus fidèle et le plus riche possible du Maestro, dont l’empreinte sur la musique du XXe et du XXIe siècles est incontestable.

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À écouter sur France Culture

Émission du 07/01/2021
Le Réveil culturel
par Tewfik Hakem
Ennio Morricone entre classique, pop et musique contemporaine.
Avec le journaliste Jean-Christophe Manuceau.

morricone sur france culture

© Source : France Culture – Ennio Morricone à Rome, lors d’une interview, 3 juillet 2017, Crédits : Tiziana Fabi – AFP

À lire sur le site de la Médiathèque

L’article de Stéphane Lerouge publié à l’occasion d’un cycle Ennio Morricone du 22 au 26 novembre 2018.

morricone mediatheque

© Source : La Médiathèque

Un des plus grands musiciens de cinéma. Son art, à la fois élégiaque et avant-gardiste, populaire et sophistiqué, la manière dont il use d’instruments originaux ou anachroniques et de la voix humaine, ont contribué à inscrire le cinéma italien (Leone, Bertolucci, Petri, Argento…) puis international (Scorsese, De Palma, Joffé…) dans une tradition opératique.

Publication : Les billets de Florence – 24 février 2021